Rails citadins

Les trains relient entre elles les gares mais aussi et surtout, les villes entre elles !

En sortant de la cambrousse où champs, haies, forêts et fermes isolées sont légion, on voit grossir les routes, les ponts et ronds points se multiplier, les habitations se resserrer. Les premiers HLM pointent le haut de leur toit alors que les premiers feux tricolores apportent une touche de couleur dans cet ensemble de béton et de macadam qui se fait de plus en plus présent. Le train longe maintenant les nombreux hangars des entreprises bâties le long de la voie ferrée, sur lesquels leurs noms s'étalent en grosses lettres criardes.
Premier coup de frein : on pénètre de plus en plus profondément dans la ville ; les hauts grillages verts font leur apparition ; la circulation automobile se fait de plus en plus dense, les routes sont nombreuses, une fois au dessus de nous, une fois en dessous ; des voies supplémentaires en service ou abandonnées aux herbes folles courent désormais à nos cotés, formant une large saignée qui coupe la ville en deux ; le train s'engouffre dans une tranchée dont les murs patinés par les intempéries et la pollution sont surplombés par un haut et épais grillage métallique, derrière lequel se déroule un boulevard, une avenue ou encore une petite rue glauque, crasseuse et taguée. Le coeur de la ville s'offre aux voyageurs : les bâtiments se font un peu moins modernes, le béton précontraint est remplacé par la pierre de taille, les usines laissent toute la place aux logements, l'espace d'un court instant la tache végétale d'un square vient nous rappeler la campagne que nous venons de quitter, le clocher nous livre tous ses détails, la voie ferrée longe le cimetière ...
Nouvelle dépression dans les conduites de frein : désormais on peut lire en détail les panneaux publicitaires qui s'alignent les uns après les autres, vantant tous un produit ou un concept différent ; un brusque écart au passage d'un appareil de voie nous signale que le train entre dans l'avant-gare. En se collant au carreau on aperçoit le bout des quais, puis le BV.

Dernier coup de frein et le train s'immobilise dans un couinement caractéristique ... Il est temps de descendre et de pénétrer dans cette ville où règne l'activité d'une ruche. Certains continueront leur trajet d'un pas énergique en traînant derrière eux une énorme valise à roulettes, d'autres attendront le bus ou une bonne âme venue les chercher, d'autres enfin s'en remettront de nouveau au rail en empruntant la curieuse alchimie entre train et autobus qu'est le tramway ou, raffinement suprême, un réseau d'intérêt local dont la voie ose s'aventurer pendant quelques mètres sur les plates bandes goudronnées des automobiles. L'arrivée du train s'engouffrant en pleine rue et se faufilant entre les voitures et les piétons pressés est alors un spectacle unique ... bien qu'il survienne tous les jours.

Un autre monde que la pleine campagne et les grands espaces purs et calmes, certes ! Mais sans eux, le train n'aurait pas de raison d'être.


Retour
Contact - © 2009-2010 Clément ECOFFEY - Tous droits réservés